IL Y A DES SOIRS OU

C’EST BIEN PLUS DIFFICILE

QUE D’AUTRES

Des soirs où un simple coup de fil, quoique improbable vu l’heure, deviendrait une oasis dans le désert. Des soirs où, l’envie de jeux, de films, de musique, disparaît. Des soirs où la solitude est telle qu’elle devient une douleur insupportable ! Des soirs ou les problèmes, surtout les

petits de la vie courante, deviennent insurmontables.

Il y a des soirs, où celle qui écoute si bien aurait à son tour besoin d’être écoutée … Des soirs où celle qui paraît si forte, si dure, si solide, celle-là se liquéfie ! Des soirs où elle regarde un film, qui elle le sait, la fera pleurer, histoire d’être sûr et de pouvoir dire : « c’est la faute du film si je pleure… »

Elle dit « mieux vaut être seule, que mal accompagnée ! ». Mais ces soirs là, l’esprit bascule. Il ne suffit plus. Il a besoin de sentir une présence. Quelqu’un qui écoute, quelqu’un qui répond, quelqu’un qui comprend…

Ces soirs-là, on tourne en rond, canapé, ordinateur, télévision, bouquin, et re-canapé… On espère juste que le sommeil finira par arriver. On fume un joint, on prend un verre, pour aider.

Ces soirs-là, le lit paraît trop grand, trop froid, trop vide. Alors on prend une couverture, on se couche sur le canapé et l’on se laisse bercer devant les programmes vides de la nuit.

Et puis on continue. On se rappelle du dernier coup de fil. Peut-être qu’il pense à vous. Il vous l’a déjà dit, non ? Alors on se prend à rêver. On se prend à espérer… Qu’il décroche et que tout cela devienne vrai.

 

Il y a des moments où, la solitude, le manque, l’absence sont des plaies qui ne cicatrisent plus. Parfois, nous émettons des appels qui sonnent dans le vide. Nous essayons d’appeler quelqu’un qui est absent, un être qui a disparu ou encore un inconnu. Il y a des moments où nous faisons

appel aux prières. Pas les spirituelles, celles-ci sont légitimes, mais celles de la confusion des genres. Des prières qui ne sont en fait que des voeux, des souhaits, ou des coups de pouces du destin, des appels à la chance. À une autre époque, nous avions recours aux pattes de lapin.

Aujourd’hui, le téléphone mobile les a remplacées. Objet indissociable de notre quotidien, il permet de matérialiser sa pensée, son désir ou son émotion sur le champ. Il permet de se sentir faire partie du monde, d’y être raccordé en permanence. Il est le symbole de « l’ultra communication », alors qu’il n’y a plus vraiment de fils qui nous relient.

 

AVEC DECROCHE, je veux traiter de la solitude. La solitude dans laquelle, un jour, on s’est déjà tous retrouvé. Pas forcément pour les mêmes raisons, mais de celle qui nous unis : la solitude, pour cause d’absence, de manque. Cette solitude qui nous force à crier en silence, celle qui nous pousse à émettre des appels dans le vide, celle qui nous donne l’envie de Décrocher ! Il y a des soirs où, cette solitude est plus violente qu’une rage de dents.

Erick* ROBERT